Culture hors sol : solution fertilisante / solution nutritive
La culture hors sol, développée à grande échelle depuis les années 1970, s’est imposée comme une technique majeure en production sous serre, notamment en Europe. Aujourd’hui, on la retrouve dans les cultures florales, maraîchères et fruitières — avec des références très fortes en tomate et fraise.
1) Définition : qu’appelle-t-on “hors sol” ?
On parle de culture hors sol lorsqu’une plante réalise tout son cycle sans contact direct des racines avec le sol. À la place, les racines se développent dans un milieu contrôlé qui doit fournir :
- eau,
- oxygène,
- tous les éléments minéraux essentiels.
Deux grands modèles existent :
- Sans substrat : racines dans une solution nutritive aérée (techniques hydroponiques type NFT, DWC…).
- Avec substrat : racines dans un support minéral (laine de roche, perlite…) ou organique (tourbe, fibre de coco…), alimenté par une solution fertilisante.
2) Pourquoi le hors sol progresse (ex. Maroc)
Au Maroc, la culture hors sol sur substrat progresse rapidement, car elle répond à plusieurs contraintes fréquentes :
- fatigue et infestation des sols (nématodes, fusarioses, maladies racinaires…),
- pression sur la ressource en eau,
- besoin d’une productivité régulière et d’une meilleure maîtrise de la qualité.
Son grand avantage : elle permet de piloter finement les facteurs de production, surtout irrigation + fertilisation, grâce à une solution nutritive ajustée aux besoins réels de la plante.
3) Les éléments indispensables : la base de toute solution nutritive
En hors sol, la plante ne “cherche” pas ses nutriments dans la terre : on doit tout apporter. Les éléments essentiels comprennent :
Macronutriments (besoins élevés)
- N, P, K, Ca, Mg, S
Micronutriments (petites quantités, mais vitaux)
- Fe, Zn, Mn, Cu, B, Mo (et parfois Cl selon les approches)
👉 Point clé : l’absence d’un seul élément essentiel finit par bloquer la croissance et compromettre la culture.
4) Solution nutritive : en sol vs hors sol, ce n’est pas la même logique
En culture “sur sol”, la plante prélève ce qui est disponible dans la solution du sol, influencée par la texture, la vie microbienne, le pH, le calcaire, etc.
En hors sol, on vise une composition qui colle au plus près aux besoins physiologiques de la plante (et non à la composition “naturelle” du sol ou de l’eau).
C’est pour ça que :
- la solution nutritive n’a pas forcément le même équilibre que l’eau d’irrigation,
- et elle est modifiée pendant le cycle (croissance, floraison, charge en fruits…).
5) Adapter la solution au stade de la culture (exemples pratiques)
Les besoins changent tout au long du cycle :
- Début de culture / reprise racinaire : solution “douce”, bien équilibrée, sécurisant l’enracinement et la stabilité (éviter les excès de salinité).
- Montée en végétation : soutien de la croissance (N, Ca, Mg bien tenus).
- Nouaison et charge en fruits : la demande en K et la nutrition globale augmentent souvent, et l’équilibre doit éviter les désordres (qualité, fermeté, nécroses liées au calcium).
- Hiver (faible lumière, transpiration réduite) : on ajuste pour éviter les déséquilibres et certains défauts de qualité ; on raisonne aussi la “force” de la solution.
- Été (forte transpiration) : on évite de “forcer” inutilement la solution ; l’irrigation et le drainage deviennent critiques.
6) Formuler une solution nutritive : méthode professionnelle (sans entrer dans le dangereux)
La formulation, en pratique, suit une logique simple :
Étape 1 — Connaître la composition de l’eau
L’eau contient souvent déjà des ions (Ca, Mg, Na, Cl…) et parfois beaucoup de bicarbonates (qui font remonter le pH).
➡️ Donc on calcule à partir de l’eau, pas “contre” l’eau.
Étape 2 — Définir une “recette cible” selon culture + stade
Les recettes sont souvent exprimées sous forme ionique (par ex. en meq/L) car cela facilite l’équilibre des charges et la cohérence chimique.
Étape 3 — Calculer “ce qu’il manque”
On compare la cible à ce que l’eau apporte déjà, puis on choisit les engrais (simples ou binaires, ex. nitrate de potassium, nitrate de calcium, sulfate de magnésium…).
Étape 4 — Préparer en solutions mères A/B
Pour éviter les précipitations (dépôts), on travaille presque toujours en :
- Cuve A (souvent calcium + une partie de l’azote, parfois fer chélaté),
- Cuve B (phosphates, sulfates, Mg, oligo-éléments…).
✅ Les deux ne doivent pas être mélangées à forte concentration : elles se rencontrent après dilution dans l’eau d’irrigation.
Étape 5 — Ajuster et contrôler (pH / EC)
- pH : conditionne la disponibilité des éléments (surtout les oligos).
- EC/CE : reflète la concentration totale en sels (trop haut = stress salin, trop bas = sous-alimentation).
⚠️ Toute manipulation d’acides (correction des bicarbonates/pH) doit être faite par du personnel formé, avec matériel et sécurité adaptés.
7) Ajuster en cours de production : le pilotage “terrain”
Même avec une solution théoriquement parfaite, on ajuste selon :
- l’aspect visuel (couleur, vigueur, équilibre végétatif/génératif),
- le climat (transpiration, rayonnement),
- et surtout les mesures dans la zone racinaire.
Indicateurs très utiles
- solution drainée (en substrat) : si EC du drain monte trop → accumulation de sels → ajuster volume/fréquence, stratégie de drainage.
- contrôle régulier pH + EC au point d’irrigation et au drainage.