Carence en fer des agrumes (chlorose ferrique) : reconnaître, comprendre, corriger
La carence en fer chez les agrumes correspond le plus souvent à une chlorose ferrique : la plante manque de fer disponible pour fabriquer la chlorophylle, même si le sol contient déjà du fer en quantité. Le problème vient surtout d’un blocage du fer dans le sol et dans la zone racinaire, fréquent en conditions calcaires et à pH élevé.
2) Rôle du fer dans la plante (pourquoi il est indispensable)
Le fer agit comme un catalyseur dans de nombreuses réactions d’oxydation-réduction. Il joue un rôle central dans :
- la respiration cellulaire,
- la synthèse de la chlorophylle (d’où la chlorose quand il manque),
- la photosynthèse,
- le métabolisme des protéines,
- la réduction des nitrates,
- et, plus largement, l’efficacité de l’assimilation de l’azote.
👉 En résumé : quand le fer devient indisponible, la plante “tourne au ralenti”, verdit mal et perd en vigueur.
3) Symptômes typiques (diagnostic visuel)
Signes caractéristiques
- Jeunes feuilles d’abord : jaunissement entre les nervures alors que les nervures restent plus vertes (chlorose internervaire).
- En cas plus sévère : feuilles très pâles (jaune clair à presque blanc), petites, croissance ralentie.
- Si la carence dure : baisse de vigueur, réduction de floraison/mise à fruits, parfois dessèchement de rameaux.

À ne pas confondre avec…
- Carence en azote : plutôt sur feuilles âgées, jaunissement plus uniforme.
- Carence en zinc ou manganèse : chloroses aussi possibles, mais les dessins/positions peuvent différer.
➡️ Si doute : une analyse foliaire permet de confirmer.
4) Le fer dans le sol : abondant… mais souvent indisponible
Le fer total peut être très élevé dans les sols (de quelques centaines de ppm à des teneurs beaucoup plus importantes). Pourtant, ce n’est pas la quantité totale qui compte : c’est la solubilité et la forme du fer dans la zone racinaire.
A) L’effet du pH (facteur déterminant)
Quand le pH augmente, le fer devient beaucoup moins soluble : il se transforme en formes difficiles à absorber par la plante. C’est pour cela que les chloroses sont fréquentes sur sols alcalins et calcaires.
B) Conditions d’oxydo-réduction (aération / engorgement)
Dans le sol, le fer peut exister principalement sous deux formes :
- Fe²⁺ (ferreux) : plus facilement assimilable,
- Fe³⁺ (ferrique) : souvent moins disponible.
Les conditions du sol (aération, excès d’eau, activité microbienne) influencent ces transformations. Un sol mal aéré/engorgé perturbe le fonctionnement racinaire et la disponibilité réelle du fer.
C) Chélation : la “protection” qui rend le fer assimilable
Le fer peut se lier à des molécules qui le complexent (chélation). Sous forme chélatée, le fer reste mieux “protégé” et plus disponible pour l’absorption.
Ces molécules peuvent venir :
- des exsudats racinaires,
- de la matière organique,
- des micro-organismes,
- ou de produits de synthèse (chélates industriels).
Repère pratique sur les chélates (stabilité selon le pH) :
- Fe-EDTA : plus adapté aux pH plutôt acides à légèrement acides,
- Fe-DTPA : mieux tolérant mais limité quand le pH est trop élevé,
- Fe-EDDHA : le plus stable et généralement le plus efficace en sols calcaires / pH élevé.
5) Pourquoi ça arrive ? (causes et facteurs favorisants)
On distingue deux situations :
A) Déficience “naturelle”
- sols réellement pauvres en fer (plus rare en agrumes, mais possible localement).
B) Déficience “induite” (la plus fréquente)
Le fer est présent, mais il devient indisponible à cause de facteurs comme :
- calcaire actif élevé,
- eau d’irrigation riche en bicarbonates (effet alcalinisant dans la rhizosphère),
- excès d’eau et asphyxie racinaire,
- sols très riches en phosphore disponible (peut aggraver certains blocages),
- antagonismes avec des teneurs élevées en certains éléments (ex. Mn, Zn, Cu),
- excès d’azote (vigueur + déséquilibres possibles),
- changements climatiques brusques (forte lumière + hausse rapide de température) pouvant accentuer l’expression de la chlorose.
6) Confirmer correctement (pour éviter les erreurs)
Pour agir efficacement :
- vérifier si la chlorose démarre bien sur les jeunes pousses,
- faire une analyse de sol (pH, calcaire actif, texture, salinité),
- analyser l’eau (pH, bicarbonates, conductivité),
- compléter par une analyse foliaire (fer + autres éléments) si nécessaire.
7) Plan de correction : ce qui marche vraiment (lutte intégrée)
A) Corriger d’abord le milieu racinaire (priorité)
Même le meilleur chélate donnera peu si les racines souffrent.
- Travailler le sol de façon à améliorer structure et aération.
- Mettre une irrigation adaptée : éviter le stress hydrique, mais surtout éviter l’asphyxie (sol gorgé d’eau).
- Construire un programme de fertilisation cohérent basé sur analyses (sol, eau, feuilles).
B) Apporter du fer sous une forme efficace
La méthode la plus fiable reste souvent l’apport au sol de fer chélaté :
- application localisée dans la zone active des racines (ou via fertigation si système adapté),
- choix du chélate selon le pH :
- sols à pH élevé / calcaires : privilégier Fe-EDDHA,
- sols plus acides : Fe-DTPA (et parfois Fe-EDTA) peut être suffisant.
⚠️ Point important : en pH très alcalin et en présence de beaucoup de calcium, certaines formes deviennent moins efficaces. D’où l’intérêt d’adapter la forme au sol.
C) Pulvérisation foliaire : solution d’appoint
Les applications foliaires peuvent aider à atténuer une carence passagère, surtout pour “reverdir” rapidement, mais elles ne remplacent pas toujours une correction racinaire durable. Elles peuvent nécessiter plusieurs passages.
8) Sensibilité des agrumes (repère pratique)
Tous les agrumes ne réagissent pas pareil : le citronnier est souvent plus sensible à la chlorose ferrique que l’oranger et le pamplemoussier. Cela aide à prioriser la surveillance et la correction dans les parcelles à risque.
9) Check-list rapide au verger
- Symptômes sur jeunes feuilles ?
- Sol calcaire / pH élevé / eau bicarbonatée ?
- Problème d’excès d’eau ou de drainage ?
- Ajuster d’abord irrigation + sol + fertilisation
- Puis apporter un chélate adapté (souvent EDDHA en calcaire)
