Reconnaître et comprendre les stades de développement du maïs
Le maïs est une culture de printemps fortement pilotée par la température. Son développement repose sur l’accumulation de chaleur : plus les conditions sont chaudes (dans des limites physiologiques acceptables), plus les stades s’enchaînent rapidement. À l’inverse, des températures fraîches ralentissent la croissance et allongent la durée du cycle.
Tous les stades du maïs ne sont pas directement visibles. C’est pourquoi les agronomes s’appuient sur des repères morphologiques fiables pour positionner correctement les interventions culturales telles que le désherbage, la fertilisation azotée ou l’irrigation. Certains marqueurs, comme l’apparition du point noir à la base du grain, sont directement associés à des stades physiologiques clés, notamment la maturité physiologique.
En conditions tempérées, comme en Europe occidentale, le cycle complet du maïs — du semis à la récolte — s’étend généralement sur 4 à 6 mois, selon :
- la destination de la culture (grain, fourrage, maïs doux),
- la précocité variétale,
- les températures rencontrées au cours de la campagne.
Des échelles de stades pour suivre précisément la culture
Afin d’uniformiser le suivi du développement du maïs, plusieurs échelles de stades sont utilisées au niveau international. Elles permettent de relier l’aspect visuel de la plante à des processus physiologiques internes.
Les plus couramment utilisées sont :
- l’échelle AGPM–ARVALIS,
- l’échelle BBCH,
- l’échelle IOWA.
Ces grilles de lecture permettent de situer les périodes où se mettent en place :
- le système racinaire,
- l’appareil végétatif (tiges et feuilles),
- les composantes du rendement (densité de plantes, nombre de grains, poids du grain).
Grâce à cette approche, il devient possible :
- d’anticiper les périodes sensibles,
- d’identifier les facteurs limitants au moment où ils ont le plus d’impact,
- d’alimenter des modèles de prévision du rendement et de simulation climatique.
Un cycle structuré en trois grandes phases
Le rendement du maïs ne se construit pas au hasard. Il résulte d’une succession de trois phases biologiques majeures, chacune ayant un rôle déterminant.
Phase végétative
Cette phase débute à la germination et se poursuit jusqu’à l’initiation florale. Durant cette période, la plante met en place son architecture : racines, feuilles et tige.
La transition florale survient lorsque la plante a émis environ la moitié de son nombre total de feuilles. À ce moment, la tige commence son allongement rapide et les organes reproducteurs sont initiés, bien qu’ils ne soient pas encore visibles.
Phase de mise en place des organes reproducteurs
Cette phase commence avec la transition florale et se termine lorsque le nombre définitif de grains est fixé. C’est une période déterminante pour le potentiel de rendement.
Les ovules (futurs grains) se différencient, la panicule (organe mâle) produit le pollen et les épis (organes femelles) développent leurs soies.
La fécondation marque un tournant : une partie des grains potentiels peut encore avorter jusqu’à un stade critique appelé stade limite d’avortement des grains (SLAG). Le nombre final de grains par plante se joue essentiellement durant cette fenêtre.
Phase de remplissage et de maturation des grains
Une fois la fécondation réussie et le SLAG dépassé, les grains entrent dans une phase de croissance rapide. La plante mobilise alors l’essentiel de ses ressources (photosynthèse, réserves) pour le remplissage en amidon.
Cette phase se poursuit jusqu’à la maturité physiologique, moment où les grains ont atteint leur poids maximal.
L’importance du temps thermique dans le développement du maïs
Les durées de chaque phase ne sont pas exprimées en jours calendaires mais en sommes de températures, appelées degrés-jours.
En pratique, on cumule les températures moyennes journalières au-dessus d’un seuil minimal (souvent fixé à 6 °C), tout en plafonnant l’effet des fortes chaleurs au-delà d’un seuil maximal (généralement 30 °C).
Cette approche permet :
- de comparer des campagnes climatiquement différentes,
- d’anticiper les dates de stades,
- d’adapter les pratiques culturales à la dynamique réelle de la plante.
Quelques stades clés faciles à identifier au champ
On considère qu’une parcelle a atteint un stade donné lorsque 50 % des plantes ont atteint ce niveau de développement.
La levée
La levée correspond à l’apparition du coléoptile à la surface du sol. Ce dernier protège les premières feuilles lors de leur traversée du sol.
À ce stade, les racines séminales sont déjà en place et l’apex, situé légèrement sous la surface, commence à produire les futures feuilles. Cette position protège le point de croissance contre les températures basses.
La floraison
La floraison est une étape centrale du cycle du maïs, car elle conditionne directement la fécondation et donc le rendement.
La floraison mâle (émission du pollen par la panicule) s’étale sur plusieurs jours, tandis que la floraison femelle débute dès l’apparition des soies.
Un bon chevauchement entre ces deux phénomènes est indispensable. Tout stress hydrique, thermique ou nutritionnel à ce moment peut provoquer une mauvaise fécondation et une chute significative du nombre de grains.
Pourquoi la maîtrise des stades est essentielle
Comprendre et reconnaître les stades du maïs permet :
- de sécuriser le potentiel de rendement,
- de mieux positionner les apports d’azote,
- d’optimiser l’irrigation,
- de limiter l’impact des stress climatiques,
- d’améliorer la précision des décisions agronomiques.