Cératite des agrumes (Ceratitis capitata) : dégâts, cycle et lutte intégrée
1) C’est quoi la cératite ?
La cératite est le nom courant de la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata). C’est un ravageur très important en zones méditerranéennes car il attaque non seulement les agrumes, mais aussi de nombreux autres fruits. Sa capacité à exploiter plusieurs hôtes lui permet de se maintenir facilement dans l’environnement et de réinfester rapidement les vergers si la gestion n’est pas collective.
2) Dégâts sur agrumes : comment reconnaître l’attaque ?
L’attaque commence lorsque la femelle pique le fruit pour déposer ses œufs juste sous l’épiderme.
Signes typiques sur le fruit :
- petite poncture (souvent difficile à voir au début), parfois entourée d’un léger halo,
- zones qui deviennent plus molles ou qui changent de couleur plus vite,
- dépréciation rapide (aspect, calibre, tenue),
- apparition de pourritures secondaires (le fruit devient un foyer de contamination),
- chute prématurée possible quand l’infestation est importante.
À l’intérieur :
- présence de galeries et de larves dans la pulpe, ce qui rend le fruit non commercialisable, surtout pour l’export.
👉 C’est précisément ce type de dégâts qui entraîne des rejets de lots et déclenche des mesures de quarantaine dans certains pays importateurs.
3) Cycle biologique (points clés utiles au terrain)
Le cycle est fortement influencé par la température : plus il fait chaud (dans les limites favorables), plus le développement est rapide, ce qui permet plusieurs générations dans l’année.
Étapes principales :
- Ponte : œufs déposés sous la peau du fruit (fruit proche de la maturité = plus attractif).
- Larves : elles se nourrissent dans la pulpe, provoquant la dégradation interne.
- Nymphose (pupe) : en général, la larve quitte le fruit et se transforme en pupe dans le sol (quelques centimètres).
- Adultes : émergence, accouplement, puis nouvelle ponte.
Point terrain important :
- la cératite peut passer une période défavorable principalement au stade pupe dans le sol, puis redémarrer dès que les conditions redeviennent favorables.
Dynamique des populations et impact sur l’export
Le nombre de générations annuelles dépend surtout de la température, ce qui explique des périodes à forte pression quand le climat est favorable. Les pertes ne se limitent pas au rendement : elles deviennent un obstacle majeur pour l’export à cause de la dévalorisation des fruits et des contraintes sanitaires/quarantaines imposées par certains marchés.
Stratégie de protection phytosanitaire (lutte intégrée)
1) Surveillance (piégeage de suivi)
La surveillance doit démarrer avant la phase de réceptivité des fruits.
Types de pièges :
- pièges orientés mâles avec attractif (type phéromonal) + capture,
- pièges orientés femelles avec attractif alimentaire (ex. hydrolysat protéique) + capture.
Installation (pratique terrain) :
- hauteur : 1,5 à 2 m,
- exposition conseillée : souvent sud-est,
- densité : la bibliographie cite fréquemment 1 piège/ha ; sur le terrain au Maroc, la densité a longtemps été plus faible (≈ 1 piège/5 ha), puis renforcée récemment (≈ 1 piège/2 ha) selon zones et pression.
2) Évaluation du risque (seuils d’intervention)
Pendant la période sensible des fruits, on peut envisager une intervention si :
- captures > 1 mouche/jour/parcelle (pièges mâles) ou
- 0,5 mouche/jour/parcelle (pièges femelles),
et si - fruits piqués > 1%.
Ces seuils servent à éviter les traitements systématiques et à intervenir au bon moment.
3) Mesures de lutte
A) Lutte chimique (à limiter et à raisonner)
Les traitements généralisés avec produits non sélectifs posent des risques :
- destruction d’auxiliaires,
- hausse du risque résidus,
- déséquilibres favorisant des ravageurs secondaires.
➡️ Approche plus raisonnée : traitements déclenchés par les captures, souvent sous forme d’applications avec attractif alimentaire + insecticide, plutôt que des couvertures complètes.
B) Piégeage de masse
Principe : installer un grand nombre de pièges/ha (selon les solutions : 30 à 400/ha) pour maintenir la population à un niveau bas en continu.
Points clés :
- plus efficace à grande échelle (zone/collectif),
- peut nécessiter un renfort ponctuel si pression élevée,
- garder des pièges de surveillance pour piloter les décisions,
- ne garantit pas un contrôle total à lui seul.
(Pour les exportateurs, on se réfère aux solutions homologuées, ex. listes ONSSA si applicable.)
C) Technique des mâles stériles (SIT)
Lâchers massifs de mâles stériles : ils concurrencent les mâles sauvages, ce qui conduit à des accouplements “non productifs” et fait baisser la population progressivement.
Avantages :
- très bon profil environnemental,
- compatible avec d’autres méthodes,
- optimale en programme collectif (“area-wide”).
D) Lutte biologique (parasitoïdes + auxiliaires)
La combinaison SIT + parasitoïdes peut renforcer nettement la réduction des populations.
Exemples d’agents parasitoïdes :
- Fopius arisanus
- Diachasmimorpha longicaudata
- Coptera haywardi
Ennemis naturels au verger :
- parasitoïde cité au Maroc : Opius concolor,
- prédateurs généralistes (fourmis, araignées, oiseaux) pouvant contribuer, surtout si le verger est moins perturbé par des insecticides non sélectifs.
Contrôle post-récolte (qualité + exigences sanitaires)
- Traitement au froid : utile mais limité pour certains fruits sensibles au froid prolongé.
- Irradiation : méthode encadrée ; l’efficacité dépend du protocole (source, type d’ionisation, dose).
Conclusion : réduire la chimie grâce à l’IPM
La meilleure stratégie consiste à intégrer :
- surveillance ravageurs/maladies + suivi des auxiliaires,
- solutions plus sélectives,
- traitements localisés,
- piégeage de masse,
- lâchers d’auxiliaires / SIT,
pour maintenir la pression basse tout en protégeant l’environnement et la qualité export.